Recherche intrigue désespérément – Malaise au Mali

Recherche intrigue désespérément – Malaise au Mali

15 avril 2021 1 Par nadine-moncey

Pour cette consigne de l’Esprit Livre, il s’agissait de partir d’une ancienne nouvelle en vue de l’améliorer, tout en faisant partager au lecteur ses affres d’écrivain :

Reprendre une nouvelle… C’est la consigne. Pourquoi je reprendrais mes nouvelles ? Elles sont au top !

À y regarder de plus près, j’ai l’embarras du choix en termes de réécriture ! Il y a à redire sur toutes. Et les premières que j’ai écrites, mon Dieu ! Un recueil devait naître de tout ça ! Je n’en aurais pas vendu beaucoup. J’en relis quelques-unes. Je me laisse un peu de temps de réflexion durant lequel elles viennent à tour de rôle s’immiscer dans mon esprit. Je jette enfin mon dévolu sur « Malaise révélateur ».

Le thème choisi à l’époque me tenait à cœur. Mon correcteur m’avait écrit « Vous avez choisi un thème d’histoire passionnant, mais il n’y a pas vraiment d’histoire. » Donc, c’est du lourd. J’ai intérêt à me creuser la cervelle pour trouver une intrigue !

J’attaque : « Une année riche en événements s’achève pour Astrid. » Est-ce que je ne devrais pas dire « je » plutôt que faire parler Astrid ? Avec le « je », mon histoire gagnerait en intensité, c’est un conseil déjà éprouvé.

« D’ailleurs, ma fille, me rappelle ma petite voix intérieure, tu dois trouver une histoire… »

Au fait, que mon héroïne est-elle venue faire au Mali ? Et si elle était photographe.

Je poursuis ma lecture et constate que tout le corps de mon texte n’était finalement qu’un flash-back, alors que je devais écrire une nouvelle instant. Et ma petite voix qui me reproche : « T’avais rien compris. »

Pourtant l’instant qui a ébranlé mes certitudes, je le connais : « Le rutilant 4 x 4 conduit par le chauffeur de mes hôtes, Soumaïla et Kadidia, s’engagea dans la rue étroite d’un marché de Bamako. À ma grande surprise, les chalands s’écartèrent, la voiture progressait lentement. La chaussée commençait à se réduire. Le moment arriva où la voie devenue trop exiguë ne permettait plus d’avancer. Je vis un premier vendeur empoigner stoïquement le poteau soutenant l’avant de son stand afin de libérer suffisamment d’espace pour le véhicule, un deuxième fit de même ainsi que, petit à petit, les autres camelots qui se succédaient. »

Comme j’étais mal à l’aise ce jour-là, assise dans cette voiture aux côtés de Kadidia.

Ma petite voix me souffle : « Commence ta nouvelle par cet instant et déniche une histoire afin que ça ne s’apparente pas à un reportage journalistique. » Moi, j’en voyais une d’histoire. Y a bien des romans où il n’y a pas vraiment d’intrigue ou si peu. Pour une nouvelle, on n’y coupe pas. Et si ces romans sont appréciés, leur écriture remarquable y est pour beaucoup. Et là aussi, y’a encore du boulot !

Pouh ! Je vais prendre l’air. L’inspiration me viendra peut-être en marchant.

Après avoir vadrouillé une bonne heure dans mon quartier, je reviens bredouille. Gardons l’espoir. Allez ! Au travail ! Récapitulons. Tout d’abord, mon élément déclencheur : l’instant. Ensuite, poser là mon flash-back pour expliquer ce qui m’a amenée dans ce marché. Oui, les flash-back, j’aime assez. Ça permet de casser la monotonie d’une chronologie trop linéaire. J’ai appris ça et j’ai adhéré tout de suite.

« Un jour, j’avais exprimé auprès de mes logeurs l’envie de profiter de mon séjour pour me faire confectionner un boubou, comme j’avais pu en photographier, portés par des beautés africaines dans les bleds les plus reculés. Kadidia me proposa de me servir de guide. »

Après cela, reprendre sur un dialogue entre moi, Européenne visualisant l’instant avec mes yeux d’Européenne, et Soumaïla qui le voit de façon profondément différente et qui m’explique sans détour la répartition de la société malienne en castes.

« Notre population est répartie en castes. Un individu d’une caste ne peut espérer passer dans une autre caste. Si tu es issu d’une caste inférieure, impossible de t’élever dans la hiérarchie sociale. Mon épouse et moi appartenons à une caste supérieure. Les vendeurs du marché le savent. C’est ce qui explique le comportement qu’ils ont adopté envers vous. »

« Rétorque ! me crie ma petite voix. »

« Ne considérez-vous pas que cette façon de penser est totalement injuste ? »

Il ne voudra pas en démordre.

« Et si vous étiez d’une caste inférieure, vous souhaiteriez remettre en cause tout ça, n’est-ce pas ? »

Je m’embarque donc sur cette idée d’échange verbal entre lui et moi. On ne va pas se fâcher, encore que… on n’est pas dans la vraie vie. Je peux m’inspirer de ce que j’ai vécu et j’ai le droit pour ma nouvelle d’imaginer les péripéties les plus folles.

Partons du principe que Soumaïla est prêt à la discussion même s’il n’est pas d’accord avec moi. On reste cool. Ce sera le dénouement. Est-ce que je fais le bon choix ? Ce n’est pas très percutant. Et si je m’orienter sur…

Soumaïla s’énerve :

« Désolé, mais ici, ça se passe comme ça et personne ne le conteste. » Ce seront les derniers mots de Soumaïla. Kadidia deviendra plus froide également envers moi, l’un et l’autre me faisant comprendre que je ne suis plus la bienvenue. Je me verrais contrainte de quitter leur maison et de rechercher un autre gîte, tâche ardue dans cette capitale africaine. L’idée de m’adresser à Moussa, le chauffeur, me vient à l’esprit. Il me dit pouvoir m’aider. Dans un véhicule d’un autre de ses patrons, il me conduit à la nuit tombée dans divers endroits de la ville. Il va parlementer avec différentes personnes. Je me demande si mon initiative était la bonne et je m’inquiète sérieusement. Finalement, je passerai la nuit chez lui, dans sa famille, avec sa femme et ses enfants, dans une case africaine en plein centre de la ville. Belle expérience.

Et la chute ? Elle reste plausible et peut-être encore davantage. C’est là que je voulais aboutir :

« Mes certitudes occidentales étaient bousculées. À mon retour en France, je ressentis le besoin d’agir. Sans attendre, j’allai militer dans une association humanitaire. »

Du coup, le titre est toujours bon : « Malaise révélateur », mais un peu fade. « Malaise au Mali », ce serait bien mieux !

Le tour est joué.

En définitive, je vais peut-être pouvoir éditer mon recueil si j’applique à quelques autres de mes nouvelles le même sort.